Tout a commencé en septembre. En fait, pas que je veuille me disculper, mais on pourrait dire que c'est même carrément la faute de Kim-le-voisin.
Vous me demanderez qui est Kim-le-voisin.
Ben, comme le nom l'indique, c'est le voisin. Enfin, l'un de mes deux voisins de palier, celui de droite quand on s'extirpe du minuscule ascenseur de l'immeuble pour être précise. Et bien-sûr, il s'appelle Kim.
Kim, c'est un gentil gars très serviable qui n'hésite pas à aider à porter des cartons de déménagement super lourds ou à me laisser accès à son wifi pour télécharger des comédies romatiques nunuches en streaming. Il a visiblement un gros problème avec son rasoir qui est soit parti en vacances prolongées depuis un bout de siècle, soit en grève (on sait jamais, avec les rasoirs), et ses cheveux sont parfois plus longs que les miens, ce qui, en soit, est un record qui lui vaut toute mon admiration.
Et puis, évidemment, il y a moi. C'est bien pour ça qu'on en est là, devant l'écran, à lire toutes ces bêtises: parce que, oui, j'y étais.
Moi? Une fille aux cheveux plutôt longs, comme vous avez dû le comprendre, bien grassouillette en réalité, mais trop susceptible pour avoir envie de l'entendre à tout bout de champs, quoique fière de ma moellositude qui m'octroie un 90C. Je culmine sans talons à 1,74 m, ce qui fait de mon espoir de rencontrer un prince charmant plus haut que moi une véritable croisade certains jours; et puis j'ai les yeux bleus et une manière idiote de battre des cils associée à un regard de cocker anglais pour amadouer n'importe qui me faisant un reproche, même justifié.
Bon, je vous passe mon caractère trop trempé, détrempé même, qui fait de moi une professionnelle de la chiantise. Sachez juste que je suis du Sud. Oui, le Sud. La Provence. Le soleil. Le pays des filles qui savent ce qu'elles veulent et qui le disent. Vous situez?
Il faut aussi que vous sachiez que ce jour-là, il y avait Caroline. Je l'hébergeais après les derniers examens de la session d'août avec tous ses cartons parce qu'elle avait dû rendre son kot (c'est une location étudiante belge).
Evidemment, quand je l'ai eue au téléphone et que j'ai entendu "cartons" et "lourds" sortir de sa bouche, j'ai immédiatement été sonner chez Kim, mon voisin belge aux cheveux longs qui aime reluquer ma poitrine mais qui est toujours de bonne composition quand on a besoin de lui.
Je sonne. Il ouvre.
_ "Salut, sourit-il de toutes ses dents.
_ J'ai besoin de muscles! fais-je de ma voix de blonde désespérée."
À ce moment-là s'arrête l'ascenseur et en sort un mec genre 18-20 ans qui va chez mon autre voisin après m'avoir détaillée de la tête aux pieds et fait d'immenses yeux ronds devant mon indescent décolleté du jour (ou de la nuit, au choix).
Je précise pour ma défense qu'il avait beau être 16h, j'étais encore en pyjama.
Bon, évidemment, silence suspicieux pendant de longues secondes. Il faut dire que le "j'ai besoin de muscles!" portait visiblement à confusion (je ne pouvais pas le deviner avant de le dire, quand même!).
Bref, du coup, Kim nous a aidé pour les cartons et a fait connaissance avec Caroline.
Ce qui nous a valu de diner ensemble le soir même dans mon petit studio surpeuplé de cartons caroliniens.
Et d'avoir une conversation bizarre, un mélange de géographie bretonne, de cuisines bio et d'épilation pubienne, le tout conduisant à un e-mail fatal.
Un e-mail... qui a tout changé.
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